Les glycomacropeptides, plus connus sous leur acronyme de « GMP ». Souvent critiqués car ils sont présent dans les whey fromagères (versus les whey natives), selon plusieurs marques et quelques influenceurs ils seraient mauvais pour la santé. Ils seraient même l’élément principal faisant que la whey fromagère est à bannir. Alors est-ce que la présence des ces GMP est si dangereuse que toute un marché (celui de la whey native) s’est ouvert ? Et puis déjà c’est quoi les GMP ?
Nous allons éclaircir tout cela dans cet article.
Ce qu’il faut retenir (pour les flemmards) :
- Les glycomacropeptides (GMP) sont des peptides bioactifs dérivés de la caséine du lait
- Ils favorisent la satiété, la santé intestinale et la réponse immunitaire
- On les trouve dans le lactosérum et certains suppléments
- Ils ne sont absolument pas néfaste pour la santé et même étudiés en tant que supplément à part entière
Que sont les glycomacropeptides et d’où viennent-ils ?
Les glycomacropeptides (GMP), aussi appelés caséine-macropeptides (CMP), sont des peptides bioactifs dérivés de la caséine, la principale protéine du lait (Neelima et al., 2013).
Plus précisément, les GMP sont issus de l’hydrolyse de la caséine kappa par la chymosine lors de la fabrication du fromage. Ils sont ainsi libérés dans le lactosérum, le liquide résiduel obtenu après caillage du lait (Thomä-Worringer et al., 2006).
Les GMP sont des peptides de 64 acides aminés, riches en acides aminés essentiels comme la thréonine et le tryptophane. Ils sont hautement glycosylés, c’est-à-dire qu’ils portent de nombreux sucres, d’où leur nom de glycomacropeptides (Neeser et al., 1991).
Cette structure unique confère aux GMP des propriétés biologiques très intéressantes. Ils résistent à la digestion et peuvent interagir avec de nombreuses cibles dans l’organisme, comme les récepteurs intestinaux ou les cellules immunitaires (Brody, 2000).
Les GMP commerciaux sont généralement extraits et purifiés à partir du lactosérum doux issu de la fabrication de fromages comme le cheddar ou l’emmental. Ils se présentent sous forme de poudre soluble, facilement incorporable dans des aliments ou boissons (Thöma-Worringer et al., 2006).
Quels sont les effets santé des glycomacropeptides ?
De nombreuses études in vitro, animales et humaines ont mis en évidence les multiples effets bénéfiques des GMP sur la santé. Voici les principaux, appuyés par des preuves scientifiques solides.
Ils favorisent la satiété et la gestion du poids
Plusieurs essais cliniques montrent que la consommation de GMP augmente la satiété et réduit la prise alimentaire à court terme (Veldhorst et al., 2008 ; Lam et al., 2009) :
- 10 à 20 g de GMP réduisent la sensation de faim et l’apport calorique du repas suivant de 10 à 20%
- Cet effet coupe-faim est plus marqué que celui d’autres protéines comme le lactosérum entier ou la caséine
Les GMP stimuleraient la libération d’hormones de satiété comme la cholécystokinine et le peptide YY au niveau intestinal (Pedersen et al., 2000 ; Keogh et al., 2010).
À long terme, la supplémentation en GMP pourrait donc favoriser la gestion du poids. Une étude a montré que 15 g/j de GMP pendant 12 semaines réduisaient significativement la masse grasse (-1,5 kg) chez des femmes en surpoids (Keogh & Clifton, 2008).
Ils renforcent la barrière intestinale et le microbiote
Les GMP sont des prébiotiques naturels qui favorisent la croissance des « bonnes » bactéries du microbiote intestinal comme les bifidobactéries et les lactobacilles (Sawin et al., 2015 ; Ntemiri et al., 2017) :
- 10 à 40 g/j de GMP augmentent significativement les populations de ces bactéries bénéfiques
- Cet effet prébiotique est dû à la partie glycosylée des GMP, qui sert de substrat fermentaire
Les GMP renforcent aussi la barrière intestinale en stimulant la production de mucus et de peptides antimicrobiens par les cellules épithéliales (Martínez-Maqueda et al., 2013 ; Feeney et al., 2017).
Ces effets combinés pourraient prévenir les dysbioses et améliorer les symptômes de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin comme la maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique (Requena et al., 2008).
Mais d’autres études cliniques sont nécessaires pour confirmer cet espoir.
Ils modulent la réponse immunitaire
In vitro et chez l’animal, les GMP exercent des effets immunomodulateurs intéressants (Thomä-Worringer et al., 2006 ; Requena et al., 2009) :
- Ils stimulent l’activité des lymphocytes et la production d’anticorps
- Ils augmentent la phagocytose et la production de cytokines par les macrophages
- Ils inhibent l’adhésion de certains pathogènes comme Escherichia coli ou Helicobacter pylori
Chez l’humain, une étude a montré que 40 g/j de GMP pendant 5 jours augmentaient les taux salivaires d’immunoglobulines A, un marqueur de l’immunité des muqueuses (Mikkelsen et al., 2005).
Les GMP pourraient donc renforcer les défenses immunitaires, en particulier au niveau des muqueuses digestives et respiratoires.
Mais leur impact clinique reste à démontrer sur de plus larges populations.
Les GMP sont-ils dangereux pour la santé ?
Comme on vient de le voir ils ont de nombreux effets positifs reconnues par plusieurs études. Mais ont-ils des effets secondaires ou néfastes sur la santé ?
Hé bien pas vraiment. Voici les éléments qui peuvent être critiqués par les détracteurs :
- Comme toute protéine issue du lait, les GMP peuvent déclencher des réactions allergiques chez les personnes allergiques aux protéines laitières (caséines ou lactosérum).
- Les GMP ne sont pas un ingrédient « brut » : ils sont extraits et purifiés à partir du lactosérum de la fabrication fromagère. Donc certains les considèrent comme des éléments « ultra-transformés ». Cet argument est surtout idéologique (proximité avec le lait industriel, procédés de filtration), mais pas étayé par des preuves d’effets néfastes sur la santé.
- Bien que globalement bien tolérés, des doses élevées (≥ 40 g/j) peuvent entraîner ballonnements, flatulences ou inconfort digestif, surtout chez les personnes sensibles. Cela est dû à leur fermentation par le microbiote (procédé totalement naturel).
Plusieurs des études cités en source, montrent des effets positifs sans effets négatifs additionnels ni toxicité.
👉 Les effets secondaires sont rares et bénins : troubles digestifs (flatulences, inconfort), réactions allergiques chez les personnes sensibles aux protéines laitières (Thöma-Worringer et al., 2006).
Comment consommer des glycomacropeptides ?
Sources alimentaires
Les GMP sont naturellement présents dans le lactosérum doux issu de la fabrication de fromages à pâte pressée cuite comme l’emmental, le comté ou le beaufort (Thomä-Worringer et al., 2006).
On les retrouve donc dans les aliments contenant ces lactosérums comme ingrédients :
- Poudres de protéines de lactosérum
- Préparations pour nourrissons
- Certains produits laitiers (yaourts, desserts)
- Barres et boissons protéinées
Supplémentation
Bien que je ne m’étalerais pas sur ce sujet il faut savoir qu’il existe des suppléments de GMP ! Ils se présentent sous forme de poudre soluble, à diluer dans de l’eau ou à incorporer dans des préparations (Thöma-Worringer et al., 2006).
En résumé
- Les glycomacropeptides sont des peptides bioactifs aux multiples bienfaits santé : satiété, microbiote, immunité.
- On les trouve en petites quantités dans le lactosérum et les aliments qui en contiennent.
- De futures études cliniques devront confirmer leur intérêt dans la gestion du poids et certaines pathologies.
Longtemps décriés car présent das les protéines fromagères, certaines grandes marques de whey ont fait des GMP leur argument principal pour vendre de la whey dite native qui n’en contient pas.
Or, nous venons de voir que cet argument tombe à l’eau. Ces fameux GMP ne sont absolument pas des contaminations ni un danger pour la santé !
Au contraire les GMP sont clairement une piste à explorer et pourraient même donner un point supplémentaire à la whey dite « fromagère » qui en contient.
Références
Brody, E. P. (2000). Biological activities of bovine glycomacropeptide. British Journal of Nutrition, 84(S1), 39-46.
Feeney, S., Ryan, J. T., Kilcoyne, M., Joshi, L., & Hickey, R. (2017). Glycomacropeptide reduces intestinal epithelial cell barrier dysfunction and adhesion of entero-hemorrhagic and entero-pathogenic Escherichia coli in vitro. Foods, 6(11), 93.
Keogh, J. B., & Clifton, P. (2008). The effect of meal replacements high in glycomacropeptide on weight loss and markers of cardiovascular disease risk. The American journal of clinical nutrition, 87(6), 1602-1605.
Keogh, J. B., Woonton, B. W., Taylor, C. M., Janakievski, F., Desilva, K., & Clifton, P. M. (2010). Effect of glycomacropeptide fractions on cholecystokinin and food intake. British journal of nutrition, 104(2), 286-290.
Lam, S. M., Moughan, P. J., Awati, A., & Morton, H. R. (2009). The influence of whey protein and glycomacropeptide on satiety in adult humans. Physiology & behavior, 96(1), 162-168.
Martínez-Maqueda, D., Miralles, B., Cruz-Huerta, E., & Recio, I. (2013). Casein hydrolysate and derived peptides stimulate mucin secretion and gene expression in human intestinal cells. International Dairy Journal, 32(1), 13-19.
Mikkelsen, T. L., Bakman, S., Sørensen, E. S., Barkholt, V., & Frøkiær, H. (2005). Sialic acid-containing milk proteins show differential immunomodulatory activities independent of sialic acid. Journal of agricultural and food chemistry, 53(20), 7673-7680.
Neelima, Sharma, R., Rajput, Y. S., & Mann, B. (2013). Chemical and functional properties of glycomacropeptide (GMP) and its role in the detection of cheese whey adulteration in milk: a review. Dairy science & technology, 93(1), 21-43.
Neeser, J. R., Chambaz, A., Del Vedovo, S., Prigent, M. J., & Guggenheim, B. (1988). Specific and nonspecific inhibition of adhesion of oral actinomyces and streptococci to erythrocytes and polystyrene by caseinoglycopeptide derivatives. Infection and immunity, 56(12), 3201-3208.
Ntemiri, A., Chonchúir, F. N., O’Callaghan, T. F., Stanton, C., Ross, R. P., & O’Toole, P. W. (2017). Glycomacropeptide sustains microbiota diversity and promotes specific taxa in an artificial colon model of elderly gut microbiota. Journal of agricultural and food chemistry, 65(8), 1836-1846.
Pedersen, N. L. R., Nagain-Domaine, C., Mahé, S., Chariot, J., Rozé, C., & Tomé, D. (2000). Caseinomacropeptide specifically stimulates exocrine pancreatic secretion in the anesthetized rat. Peptides, 21(10), 1527-1535.
Requena, P., González, R., López-Posadas, R., Abadía-Molina, A., Suárez, M. D., Zarzuelo, A., … & Martínez-Augustin, O. (2008). The intestinal antiinflammatory agent glycomacropeptide has immunomodulatory actions on rat splenocytes. Biochemical pharmacology, 75(10), 1979-1989.
Requena, P., Daddaoua, A., Guadix, E., Zarzuelo, A., Suárez, M. D., Sánchez de Medina, F., & Martínez-Augustin, O. (2009). Bovine glycomacropeptide induces cytokine production in human monocytes through the stimulation of the MAPK and the NF-κB signal transduction pathways. British journal of pharmacology, 157(7), 1232-1240.
Sawin, E. A., De Wolfe, T. J., Aktas, B., Stroup, B. M., Murali, S. G., Steele, J. L., & Ney, D. M. (2015). Glycomacropeptide is a prebiotic that reduces Desulfovibrio bacteria, increases cecal short-chain fatty acids, and is anti-inflammatory in mice. American Journal of Physiology-Gastrointestinal and Liver Physiology, 309(7), G590-G601.
Thomä-Worringer, C., Sørensen, J., & López-Fandiño, R. (2006). Health effects and technological features of caseinomacropeptide. International Dairy Journal
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