Les 3 compléments essentiels en musculation : analyse par un diététicien

3 compléments essentiels pour la musculation

Spoiler alert : si vous pensez que les compléments vont transformer votre physique, vous allez être déçu. Mais s’ils sont utilisés intelligemment pour combler des lacunes nutritionnelles réelles, ils peuvent faciliter votre progression sans vider votre compte en banque.

Parlons factuellement des trois compléments qui ont réellement des preuves scientifiques derrière eux, et surtout : pour qui ils sont vraiment nécessaires.


Ce qu’il faut retenir (pour les flemmards) :

  • Whey protéine : Permet d’atteindre facilement 1,6-2,2g/kg de protéines quotidiennes, coût de ~15-20€/kg contre 25-40€/kg pour la viande
  • Créatine monohydrate : Augmentation de 8-15% de la force sur 8 semaines, gain moyen de masse maigre de 2,6kg en 8 semaines (Antonio et al., 2021)
  • Oméga-3 (EPA/DHA) : Recommandations ANSES de 250mg/jour minimum d’EPA+DHA, 68% des Français en déficit selon l’étude INCA3
  • Coût annuel total : ~150-200€/an pour les 3 compléments

La whey : praticité avant performance

Le problème réel qu’elle résout

Atteindre 1,6-2,2g de protéines par kilo de poids corporel quotidiennement, c’est mathématiquement contraignant. Pour un pratiquant de 80kg, cela représente 128-176g de protéines par jour. Regardons la réalité d’une journée alimentaire standard :

  • Petit-déjeuner : 3 œufs + 100g fromage blanc = 35g
  • Déjeuner : 200g de poulet + 1 yaourt = 50g
  • Collation : 100g fromage blanc + 30g amandes = 20g
  • Dîner : 200g de poisson = 40g

Total : 145g pour des repas déjà orientés protéines. Vous êtes à 1,8g/kg pour un pratiquant de 80kg, mais avec des contraintes non négligeables : coût estimé à 12-15€/jour rien que pour les sources protéiques, temps de préparation, difficultés en restauration collective.

Ce que la science dit vraiment

Une méta-analyse de 2018 portant sur 49 études et 1863 participants confirme que la supplémentation en protéines combinée à l’entraînement en résistance augmente significativement la masse maigre et la force (Morton et al., 2018). Mais attention au piège : l’effet est surtout observé chez les sujets qui n’atteignent pas leurs besoins protéiques via l’alimentation. Si vous mangez déjà assez de protéines, rajouter de la whey ne vous transformera pas en Hulk.

La whey possède une valeur biologique de 104 (l’œuf, référence, est à 100), avec une vitesse d’absorption rapide d’environ 8-10g/heure. Sauf que cette rapidité d’assimilation n’apporte aucun bénéfice supplémentaire sur l’hypertrophie à long terme comparée aux protéines à digestion lente, tant que l’apport quotidien total est le même (Schoenfeld et Aragon, 2018).

En clair : La whey n’est pas magique. 30g de whey = 30g de protéines issues de poulet ou d’œufs au niveau de l’efficacité sur la synthèse protéique. La seule vraie différence, c’est la praticité.

Analyse coût-bénéfice

Un pot de whey concentrée de qualité standard coûte environ 15-20€/kg de protéines. Comparé au poulet (25-30€/kg de protéines) ou au bœuf (35-40€/kg), l’économie est réelle. Un shaker de 30g de whey vous revient à ~0,50-0,60€ contre 2-3€ pour 150g de viande apportant la même quantité de protéines.

Pour qui c’est pertinent :

  • Pratiquants ayant du mal à atteindre 1,6g/kg via l’alimentation
  • Budgets serrés cherchant à optimiser le coût protéique
  • Situations de mobilité (déplacements, repas au travail)

Pour qui c’est superflu :

  • Si vous atteignez facilement vos besoins via l’alimentation solide
  • Budgets permettant des sources nobles de protéines à chaque repas

Est-ce que la whey native est meilleure que la whey fromagère ? J’ai déjà rédigé un article à ce sujet disponible ici : https://mieuxquelesbro.fr/whey-fromagere-vs-whey-native/

La créatine monohydrate : le complément avec le plus de preuves

Efficacité documentée

Si un seul complément mérite le qualificatif « scientifiquement prouvé », c’est la créatine monohydrate. Une méta-analyse de 2021 regroupant 357 études confirme qu’une supplémentation de 3-5g/jour pendant 8 semaines entraîne :

  • Gain de force : +8-15% selon les exercices
  • Gain de masse maigre : +2,6kg en moyenne sur 8 semaines
  • Amélioration des performances : +10-15% sur efforts courts et intenses

Ces chiffres proviennent d’études contrôlées randomisées, pas de témoignages marketing (Antonio et al., 2021). Pour une analyse complète des effets et informations actuelles sur la Créatine vous avez mon article disponible ici.

Mécanisme d’action simplifié

La créatine augmente les réserves de phosphocréatine musculaire, permettant une resynthèse plus rapide de l’ATP lors d’efforts explosifs. Concrètement : vous gagnez 2-3 répétitions supplémentaires par série, ce qui sur 8-12 semaines se traduit par un volume d’entraînement supérieur et donc une hypertrophie accrue.

Notion avancée : Répondeurs vs non-répondeurs Environ 30% des utilisateurs seraient « non-répondeurs » à la créatine, c’est-à-dire qu’ils ne constatent aucun bénéfice mesurable. Cette non-réponse serait liée à des réserves musculaires de créatine déjà élevées naturellement (souvent chez les gros consommateurs de viande rouge) ou à des variations génétiques dans le transport de la créatine. Impossible de savoir à l’avance si vous êtes répondeur : il faut tester sur 4-6 semaines.

Ce qu’il ne faut PAS attendre

La créatine provoque une rétention d’eau intracellulaire (à l’intérieur des cellules musculaires), pas sous-cutanée. Vous ne serez pas « gonflé d’eau » avec un aspect flou. Le gain de poids initial de 1-2kg en première semaine correspond à cette hydratation cellulaire accrue, pas à de la masse musculaire ni de la graisse.

Arrêter la créatine vous fera perdre cette eau intracellulaire, mais pas la masse musculaire construite grâce au volume d’entraînement supérieur qu’elle a permis.

Sécurité et effets secondaires

Aucune étude sérieuse n’a démontré de toxicité rénale ou hépatique chez des individus sains, même sur des suivis de plusieurs années. Les rumeurs sur le « danger pour les reins » viennent d’une confusion : la créatinine (déchet métabolique de la créatine) augmente dans le sang, mais ce n’est pas un marqueur de dysfonction rénale chez les supplémentés. C’est juste le reflet normal d’un métabolisme accru de créatine.

Contre-indications réelles : Insuffisance rénale pré-existante, grossesse/allaitement (par précaution, les données sont insuffisantes sur ces populations).

Analyse coût-bénéfice

À ~50€ l’année pour 5g/jour de créatine monohydrate pure, c’est objectivement le complément au meilleur rapport efficacité/coût. Un pot de 500g (soit 100 jours d’utilisation) coûte environ 15-20€.

Aucune forme « supérieure » (kre-alkalyn, créatine éthyl ester, créatine HCL) n’a démontré de supériorité sur la monohydrate dans les études comparatives. C’est du marketing qui vous vend 3-4 fois plus cher pour zéro bénéfice supplémentaire.

Pour en savoir plus sur les différences entre Creapure et créatine standard, consultez mon analyse détaillée sur les différentes formes de Créatine.

Les oméga-3 : le complément santé négligé

Pourquoi en parler dans un article musculation ?

Parce que 68% des Français sont en déficit d’apport selon l’étude INCA3 de l’ANSES, et que les oméga-3 (EPA et DHA spécifiquement) jouent des rôles qui dépassent largement la simple santé cardiovasculaire.

Apports recommandés vs réalité

L’ANSES recommande 250mg/jour minimum d’EPA+DHA combinés, avec un optimum autour de 500mg-1g/jour pour des bénéfices anti-inflammatoires. Pour atteindre 500mg d’EPA+DHA quotidiennement via l’alimentation seule, il faudrait consommer :

  • 100-150g de saumon ou maquereau 3-4 fois par semaine
  • Ou 6-8 portions de sardines par semaine

Bénéfices documentés pertinents pour les pratiquants

J’ai déjà rédigé un article complet sur les oméga 3 disponible ici. Mais en résumé :

Fonction cardiovasculaire : Une méta-analyse de 2019 montre qu’une supplémentation en EPA réduit le risque d’événements cardiovasculaires de 25% chez les sujets à haut risque déjà traités par statines (étude REDUCE-IT, Bhatt et al., 2019). Pour les pratiquants en bonne santé, l’effet est préventif.

Modulation inflammatoire : L’EPA se transforme en prostaglandines E3, aux propriétés anti-inflammatoires documentées. Utile dans le contexte de récupération musculaire et d’entraînements intenses répétés (Calder, 2017).

Fonction cognitive : Le DHA représente 30% des lipides structurels du cerveau. Des apports suffisants maintiennent les fonctions cognitives, particulièrement pertinent avec l’âge (Yurko-Mauro et al., 2010).

Pour qui c’est vraiment nécessaire

Pertinent pour :

  • Pratiquants consommant <2 portions de poissons gras par semaine
  • Végétariens/végétaliens (privilégier les oméga-3 d’algues, source de DHA directe)
  • Sujets avec antécédents cardiovasculaires familiaux

Priorisation par profil :

Tout le monde n’as pas besoin de se complémenter voici ce que je préconiserais en fonction de votre pratique :

Débutant (0-6 mois de pratique) :

Rien d’urgent. Concentrez-vous d’abord sur la régularité de l’entraînement et l’atteinte de vos besoins protéiques via l’alimentation. Si c’est vraiment trop contraignant : whey uniquement.

Pratiquant intermédiaire (6 mois-2 ans) :

Whey si vraiment besoin + créatine monohydrate. Les bénéfices de la créatine sur le volume d’entraînement deviennent pertinents quand votre technique est déjà bien solide.

Pratiquant avancé (>2 ans) :

Les 3 compléments prennent sens dans une approche d’optimisation globale : performance (créatine), récupération (protéines), santé long terme (oméga-3).


Références

Antonio, J., Candow, D. G., Forbes, S. C., et al. (2021). Common questions and misconceptions about creatine supplementation: what does the scientific evidence really show? Journal of the International Society of Sports Nutrition, 18(1), 13. DOI: 10.1186/s12970-021-00412-w

Bhatt, D. L., Steg, P. G., Miller, M., et al. (2019). Cardiovascular risk reduction with icosapent ethyl for hypertriglyceridemia. New England Journal of Medicine, 380(1), 11-22. DOI: 10.1056/NEJMoa1812792

Calder, P. C. (2017). Omega-3 fatty acids and inflammatory processes: from molecules to man. Biochemical Society Transactions, 45(5), 1105-1115. DOI: 10.1042/BST20160474

Jäger, R., Purpura, M., Shao, A., et al. (2011). Analysis of the efficacy, safety, and regulatory status of novel forms of creatine. Amino Acids, 40(5), 1369-1383. DOI: 10.1007/s00726-011-0874-6

Morton, R. W., Murphy, K. T., McKellar, S. R., et al. (2018). A systematic review, meta-analysis and meta-regression of the effect of protein supplementation on resistance training-induced gains in muscle mass and strength in healthy adults. British Journal of Sports Medicine, 52(6), 376-384. DOI: 10.1136/bjsports-2017-097608

Schoenfeld, B. J., & Aragon, A. A. (2018). How much protein can the body use in a single meal for muscle-building? Implications for daily protein distribution. Journal of the International Society of Sports Nutrition, 15(1), 10. DOI: 10.1186/s12970-018-0215-1

Yurko-Mauro, K., McCarthy, D., Rom, D., et al. (2010). Beneficial effects of docosahexaenoic acid on cognition in age-related cognitive decline. Alzheimer’s & Dementia, 6(6), 456-464. DOI: 10.1016/j.jalz.2010.01.013

Commentaires

Une réponse à “Les 3 compléments essentiels en musculation : analyse par un diététicien”

  1. […] Pour découvrir quels compléments méritent vraiment votre attention (spoiler : la lécithine n’en fait pas partie), consultez notre guide des compléments essentiels en musculation. […]

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