Commencer la musculation (ou reprendre) : guide scientifique pour tenir sur la durée

Commencer la musculation

Ce qu’il faut retenir (pour les flemmards)

  • Formation d’habitudes : Il faut en moyenne 66 jours pour qu’un comportement devienne automatique, avec une variabilité de 18 à 254 jours selon la complexité (Lally et al., 2010)
  • Santé mentale : La musculation réduit les symptômes d’anxiété et de dépression avec seulement 2 séances/semaine, sans nécessité d’augmentation de la force (Gordon et al., 2017)
  • Surcharge progressive : Une augmentation de 2-10% de la charge par semaine suffit pour progresser, que ce soit via le poids ou les répétitions (Wernbom et al., 2007)
  • Bénéfices cardiovasculaires : 30-60 minutes d’entraînement en résistance par semaine réduisent de 17% le risque de maladies cardiovasculaires (Liu et al., 2019)

❌ Idées reçues :

  • Devoir s’entraîner 5-6 fois/semaine pour avoir des résultats
  • Nécessité d’atteindre l’échec musculaire à chaque série
  • Les compléments comme condition sine qua non de la progression

Spoiler alert : vous ne reprendrez pas la musculation parce que vous manquez de motivation. Vous y arriverez en créant un système d’habitudes qui fonctionne même quand votre motivation est au plus bas. Les études sur la formation d’habitudes montrent que la régularité importe plus que l’intensité initiale.

Alors plutôt que de vous vendre le énième « programme miracle en 12 semaines », décortiquons ensemble les mécanismes scientifiques qui font qu’on tient ou qu’on abandonne. Parce qu’au fond, ce qui compte, c’est d’être encore là dans 6 mois, pas de battre des records au bout de 3 semaines.

Pourquoi on abandonne : comprendre les mécanismes d’échec

L’erreur du « tout ou rien »

La plupart des reprises échouent dès la première semaine. Pas par manque de volonté, mais par excès d’ambition. Vous vous fixez 4 séances hebdomadaires de 90 minutes alors que vous n’avez pas mis les pieds en salle depuis 18 mois. Le lundi c’est possible, le mercredi vous serrez les dents, le samedi vous trouvez une excuse.

Les recherches sur la formation d’habitudes révèlent que la cohérence bat l’intensité. Une étude de 2010 montre que manquer occasionnellement une séance n’impacte pas significativement le processus d’automatisation du comportement (Lally et al., 2010). Par contre, viser un volume ingérable dès le départ garantit l’abandon.

En pratique : Pour commencer la musculation mieux vaut tenir 2 séances de 45 minutes pendant 10 semaines que planifier 5 séances et craquer au bout de la troisième semaine. Le volume total d’entraînement sur 3 mois sera supérieur avec l’approche « modeste mais constante ».

Le mythe de la motivation constante

Attendez-vous à ce que votre motivation fluctue. Les études en psychologie comportementale montrent que la motivation initiale s’érode naturellement après 2-4 semaines (Gardner et al., 2012). C’est exactement à ce moment que l’habitude doit prendre le relais.

Notion avancée : L’automatisation comportementale
Les habitudes se forment via un processus appelé « répétition contextuelle ». Quand vous associez systématiquement un comportement (aller à la salle) à un contexte spécifique (après le travail, avant de rentrer chez vous), votre cerveau crée progressivement une connexion automatique. Après 66 jours en moyenne, le signal contextuel déclenche l’action sans nécessiter de délibération consciente. C’est ce qui explique pourquoi les pratiquants réguliers « se sentent bizarres » les jours où ils ne s’entraînent pas.

Les bienfaits concrets : au-delà de l’esthétique

Impact sur la santé mentale : les données sont claires

Si l’aspect physique motive au départ, ce sont souvent les bénéfices psychologiques qui maintiennent l’adhésion long terme. Une méta-analyse de 2017 regroupant 33 études montre que la musculation réduit significativement les symptômes d’anxiété, et ce sans corrélation avec l’amélioration de la force (Gordon et al., 2017).

Concrètement : vous n’avez pas besoin de doubler votre développé couché pour ressentir les effets anxiolytiques. Deux séances hebdomadaires d’intensité modérée (<70% du 1RM) suffisent pour observer une diminution mesurable du stress et de l’anxiété. L’effet comparable à certains traitements médicamenteux pour les dépressions légères à modérées (Schuch et al., 2016).

Le mécanisme ? L’exercice en résistance stimule la production de neurotransmetteurs comme la dopamine et la sérotonine, tout en réduisant le cortisol. Mais au-delà de la biochimie, le simple fait de tenir un engagement envers soi-même renforce l’estime de soi de manière mesurable.

Protection cardiovasculaire et métabolique

Les adaptations ne concernent pas que les muscles. Une méta-analyse de 2019 portant sur 370 000 participants montre que 30-60 minutes d’entraînement en résistance par semaine réduisent de 17% le risque de maladies cardiovasculaires (Liu et al., 2019). L’effet persiste même sans pratique d’exercices d’endurance en parallèle.

Construire un système qui tient : l’approche progressive

Principe de surcharge progressive : la clé négligée

La surcharge progressive, c’est simple : soumettre progressivement vos muscles à des stimuli croissants. Mais « progressivement » est le mot-clé que tout le monde ignore. Une étude en kinésithérapie montre qu’une augmentation de 2-10% de la charge hebdomadaire suffit pour stimuler les adaptations musculaires (Wernbom et al., 2007).

Une recherche récente de 2024 apporte une nuance importante : augmenter les répétitions produit des gains en hypertrophie et en force équivalents à augmenter les charges (Plotkin et al., 2024). Vous avez donc de la flexibilité dans votre approche.

Exemple concret : Vous faites actuellement le squat à 60kg pour 3×8 répétitions. Plutôt que de sauter à 65kg la semaine suivante, vous pouvez :

  • Option A : Viser 3×9 répétitions à 60kg
  • Option B : Passer à 61-62kg et conserver 3×8
  • Option C : Ajouter une série (4×8 à 60kg)

Les trois approches fonctionnent. Ce qui ne fonctionne pas : stagner pendant 6 semaines au même poids et même volume en espérant des résultats différents.

L’ancrage contextuel : votre meilleur allié

Les recherches en formation d’habitudes insistent toutes sur le même point : ancrez votre nouvelle habitude à un contexte stable et récurrent (Gardner et al., 2012). « Aller à la salle quand j’ai le temps » ne fonctionne pas. « Aller à la salle le lundi et jeudi à 18h en sortant du bureau » crée une automatisation.

Identifiez un signal contextuel présent quotidiennement : une heure fixe, la fin du travail, après le café du matin. L’idée est de réduire la charge décisionnelle. Plus vous devez « décider » d’aller vous entraîner, plus la friction est élevée et plus vous risquez d’abandonner.

Commencer ridiculement petit

James Clear, dans ses travaux sur les habitudes, insiste sur le concept de « tiny habits ». Au début, le but n’est pas la performance mais la présence. Si votre objectif est 3 séances hebdomadaires mais que vous n’êtes pas encore en phase d’automatisation, mieux vaut commencer par 2 séances de 30 minutes que viser directement 3 séances de 75 minutes.

Une fois l’habitude installée (autour de la 8-10ème semaine), augmenter progressivement le volume devient naturel. La recherche montre que les personnes rapportent que leurs nouvelles actions deviennent « une seconde nature » ou « une partie de leur routine » dans les deux premières semaines (Gardner et al., 2012), mais la stabilisation complète demande 2 à 3 mois.

Programme minimaliste pour débuter (ou reprendre)

Premières semaines : installer l’habitude

Fréquence : minimum 2 séances/semaine, jours fixes
Durée : 40-45 minutes maximum
Structure : Principalement des exercices polyarticulaires

Focus sur la technique et la régularité, pas sur les charges. Objectif : simplement être présent aux deux séances chaque semaine.

Exemples d’exercices polyarticulaires :

  • Squat ou presse à cuisses
  • Développé couché/incliné ou pompes
  • Rowing ou tirage horizontal (ou traction)
  • Développé militaire ou élévations latérales
  • Crunch ou planche

Charge initiale : Choisissez un poids qui permet de terminer toutes les répétitions avec 2-3 répétitions « en réserve ». Vous devez terminer la séance en vous disant « j’aurais pu faire plus » plutôt que complètement épuisé.

Le but est d’installer la routine et d’habituer vos muscles ainsi que votre système nerveux.

Dès que vous le sentez bien : Progression structurée

L’habitude commence à s’installer. Augmentez progressivement selon le principe : +1 répétition par série chaque semaine, puis +2,5-5kg quand vous atteignez 12 répétitions.

Exemple de progression sur le squat :

  • Semaine 5 : 70kg 3×8
  • Semaine 6 : 70kg 3×9
  • Semaine 7 : 70kg 3×10
  • Semaine 8 : 72,5kg 3×8
  • Etc.

Rien de révolutionnaire, mais c’est exactement ce qui fonctionne à long terme. Après 8 semaines, vous aurez progressé sans jamais avoir forcé comme un dératé.

Évidemment écoutez votre corps et vos envies. La plupart des participants sous-estiment les charges et le nombre de répétitions qu’ils peuvent faire. Si vous avez envie de tout déchirer sur une séance et de faire vos dernière séries à l’échec faites-le !

Le principal est d’aimer chacune de vos séances, c’est bien plus important que de se placer des contraintes pour TOUT optimiser (à moins que ce soit ce qui vous donne du plaisir évidemment).

Au cours de votre progression : Personnalisation

À ce stade, l’habitude est généralement ancrée (vous avez dépassé les fameux 66 jours). Vous pouvez commencer à personnaliser selon vos objectifs : ajouter des séances, intégrer du travail d’isolation plus poussé, périodiser votre entraînement…

Mais la base reste : 2 séances minimum par semaine, exercices polyarticulaires, progression mesurée. C’est le socle non négociable.

Le rôle des compléments : ni miracle ni poison

Ma position sur la supplémentation

Les compléments ne sont pas le point de départ, mais ils peuvent avoir leur place une fois les bases installées. Si l’idée de prendre une dose de pré-workout ou de créatine vous motive à aller à la salle, l’effet psychologique vaut probablement le coût.

Ce qui a des preuves solides (pour le côté musculation/prise de muscle) :

  • Protéines en poudre : Pratique pour atteindre vos besoins si votre alimentation ne suffit pas. 1,6-2,2g de protéines/kg de poids corporel reste la cible que vous preniez des shakers ou non.

Ce qui relève plus du marketing que de la science :

  • BCAA si vous consommez suffisamment de protéines totales
  • Pré-workouts complexes à 50€/mois (la caféine seule fait 90% du job pour 5% du prix)
  • Boosters de testostérone à base de plantes (les données sont au mieux très maigres)

Honnêtement, tant que vous ne tenez pas une routine stable sur 3 mois, investissez votre budget dans un abonnement à une salle proche de chez vous plutôt que dans des poudres. La praticité géographique impacte plus l’adhésion que n’importe quel supplément.

Ce qu’il faut retenir

✅ Prioriser pour tenir dans le temps :

  • 2 séances/semaine minimum, jours et horaires fixes
  • Progression mesurée : 2-10% par semaine suffit
  • Exercices polyarticulaires en priorité
  • Focus sur la régularité pendant les 10 premières semaines

❌ Éviter pour ne pas saboter :

  • Programmes de 5-6 séances dès la reprise
  • Chercher l’échec musculaire sur chaque série à chaque séance
  • Négliger les jours de récupération
  • Comparer vos performances

⚖️ Approche réaliste par profil :

  • Débutant complet : 2×/semaine, full body, 6-8 semaines pour stabiliser l’habitude
  • Reprise après pause longue (>1 an) : 2×/semaine pendant 4 semaines, puis 3×/semaine
  • Pratiquant régulier qui optimise : 3-4×/semaine, périodisation, nutrition adaptée selon les objectifs

La clé reste la même pour tous : créer un système que vous pouvez tenir quand tout va mal, pas un programme qui fonctionne uniquement quand votre motivation est au maximum.

Références

Gardner, B., Lally, P., & Wardle, J. (2012). Making health habitual: the psychology of ‘habit-formation’ and general practice. British Journal of General Practice, 62(605), 664-666.

Gordon, B. R., McDowell, C. P., Hallgren, M., et al. (2018). Association of efficacy of resistance exercise training with depressive symptoms: Meta-analysis and meta-regression analysis of randomized clinical trials. JAMA Psychiatry, 75(6), 566-576.

Lally, P., van Jaarsveld, C. H. M., Potts, H. W. W., & Wardle, J. (2010). How are habits formed: Modelling habit formation in the real world. European Journal of Social Psychology, 40(6), 998-1009.

Liu, Y., Lee, D. C., Li, Y., et al. (2019). Associations of resistance exercise with cardiovascular disease morbidity and mortality. Medicine & Science in Sports & Exercise, 51(3), 499-508.

Plotkin, D. L., Rodas, G. C., Vega, J. A., et al. (2024). Progressive overload without progressive increases in resistance training volume is effective for increasing muscle size. Journal of Strength and Conditioning Research, 38(2), 233-240.

Schuch, F. B., Vancampfort, D., Richards, J., et al. (2016). Exercise as a treatment for depression: A meta-analysis adjusting for publication bias. Journal of Psychiatric Research, 77, 42-51.

Wernbom, M., Augustsson, J., & Thomeé, R. (2007). The influence of frequency, intensity, volume and mode of strength training on whole muscle cross-sectional area in humans. Sports Medicine, 37(3), 225-264.

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