Calories et édulcorants

Le sucralose sous la loupe des nouvelles données scientifiques

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Le sucralose sous la loupe des nouvelles données scientifiques
Sommaire

Le sucralose reste considéré comme sûr aux usages autorisés : l’EFSA a confirmé en février 2026 sa dose journalière admissible de 15 mg par kilo de poids corporel. Les signaux récents, une impureté génotoxique en laboratoire et des effets sur le microbiote, n’établissent pas à ce jour de risque démontré chez l’humain aux apports courants.

Pourquoi le sucralose sucre la plupart des protéines en poudre

Le sucralose, codé E955 sur les étiquettes européennes, est un dérivé chloré du sucre de table. Selon la FDA, l’agence sanitaire américaine, il est environ 600 fois plus sucrant que le saccharose. Le pouvoir sucrant de deux cuillères à café de sucre, environ 8 g, s’obtient ainsi avec à peu près 13 mg de sucralose, sans calories mesurables : l’essentiel du sucralose avalé n’est pas utilisé par l’organisme comme source d’énergie.

Pour un fabricant de protéine en poudre, ces propriétés règlent plusieurs problèmes à la fois. La whey a un goût lacté un peu plat, parfois amer selon les hydrolysats ; le sucralose le masque à très faible dose, ne fait pas grimper la teneur en glucides affichée et se conserve bien dans une poudre sèche. Il est souvent associé à l’acésulfame de potassium (E950), un autre édulcorant intense, pour arrondir le goût sucré.

Sur l’emballage, la loi européenne impose la mention « avec édulcorant(s) » à côté de la dénomination du produit qui en contient. La quantité exacte de sucralose, elle, figure rarement sur le pot. C’est la première difficulté pour évaluer votre propre exposition, et elle explique pourquoi les agences raisonnent en apports estimés plutôt qu’en portions.

La dose journalière admissible, confirmée en 2026

Pot de protéine en poudre fermé et cuillère doseuse sur un plan de travail, à côté d’un shaker vide

La dose journalière admissible (DJA) est la quantité qu’une personne peut consommer chaque jour, toute sa vie, sans risque appréciable pour sa santé selon les données disponibles. Elle intègre une large marge de sécurité par rapport aux doses sans effet observées chez l’animal.

Pour le sucralose, la DJA européenne est de 15 mg par kilo de poids corporel et par jour. Elle avait été fixée avant la création de l’EFSA, par l’instance scientifique européenne qui la précédait. Le 17 février 2026, l’EFSA a publié la réévaluation complète du sucralose comme additif alimentaire. Son panel d’experts conclut qu’il n’y a pas lieu de réviser cette DJA, que l’exposition estimée aux usages actuellement autorisés ne la dépasse pas, et qu’aucune préoccupation de génotoxicité ne ressort pour le sucralose, ses impuretés et ses produits de dégradation.

La FDA retient une DJA plus basse, 5 mg par kilo et par jour. Elle calcule qu’une personne de 60 kg devrait consommer 23 sachets de table par jour pour l’atteindre, un sachet sucrant comme deux cuillères à café de sucre.

Poids corporelDJA européenne (15 mg/kg/j)DJA américaine (5 mg/kg/j)
50 kg750 mg par jour250 mg par jour
60 kg900 mg par jour300 mg par jour
70 kg1 050 mg par jour350 mg par jour
80 kg1 200 mg par jour400 mg par jour

Même sans connaître la dose exacte d’un pot, le calcul donne un ordre de grandeur. Sucrer un shaker comme deux cuillères à café de sucre demande environ 13 mg de sucralose, soit près de soixante-dix fois moins que la DJA européenne d’une personne de 60 kg. Un shaker deux ou trois fois plus sucré reste loin du plafond. L’écart se réduit si s’additionnent plusieurs boissons « zéro », yaourts allégés et barres protéinées sucrées au même édulcorant.

L’avis de 2026 contient aussi une réserve qui mérite attention. L’EFSA n’a pas pu conclure à la sécurité d’une extension du sucralose aux produits de boulangerie fine, parce que des composés chlorés peuvent se former quand il est chauffé longtemps à haute température. Leurs effets sur la santé restent inconnus. L’agence signale que de tels composés pourraient aussi apparaître lors de cuissons domestiques, fritures ou pâtisseries, et invite la Commission européenne à examiner la question.

Sucralose-6-acétate : ce que montre un signal de laboratoire

Le sucralose-6-acétate est un intermédiaire de fabrication du sucralose, qui peut subsister à l’état d’impureté. En 2023, Schiffman et ses collègues ont publié dans le Journal of Toxicology and Environmental Health (partie B) une série de tests sur cette molécule. Leurs résultats :

  • des échantillons récents de sucralose du commerce contenaient jusqu’à 0,67 % de sucralose-6-acétate ;
  • deux tests menés sur des cellules en culture, et non sur des personnes, ont classé la molécule comme génotoxique, c’est-à-dire capable d’abîmer l’ADN, ici en cassant ses brins : un test du micronoyau, qui compte au microscope les fragments d’ADN détachés du noyau, et un test dit MultiFlow, qui identifie le type de dommage ;
  • sur un modèle de paroi intestinale humaine cultivée in vitro, elle a augmenté l’expression de gènes liés à l’inflammation et au stress oxydant, et le sucralose comme son impureté ont altéré l’étanchéité de cette paroi ;
  • chez le rongeur, du sucralose-6-acétate a été retrouvé dans les selles, ce qui suggère qu’une partie du sucralose est transformée dans l’intestin.

Ces résultats sont sérieux et méritent d’être suivis. Ils restent des résultats in vitro : des cellules ou des tissus exposés directement à une molécule, hors de l’organisme entier, sans digestion, sans élimination, sans les mécanismes de réparation de l’ADN qui fonctionnent dans un corps vivant. Les auteurs estiment qu’une boisson sucralosée par jour pourrait dépasser le seuil de préoccupation toxicologique retenu pour les substances génotoxiques ; c’est un calcul de précaution, pas l’observation d’un dommage chez des consommateurs.

Le chiffre mérite d’être posé. Ce seuil vaut 0,15 microgramme par personne et par jour. À la teneur maximale mesurée, 0,67 %, les 13 mg de sucralose d’un shaker sucré comme deux cuillères à café de sucre contiendraient environ 87 microgrammes d’impureté, soit plusieurs centaines de fois le seuil. Ce seuil est pourtant un outil de tri : il sert à décider s’il faut étudier de près une substance mal connue, pas à mesurer un danger. Le calcul suppose en outre la teneur la plus haute trouvée, alors que celle d’un pot donné n’est jamais indiquée. L’évaluation de l’EFSA, présentée juste après, est justement cette étude de près.

En face, l’évaluation européenne de 2026 conclut à l’absence de préoccupation de génotoxicité pour le sucralose et ses impuretés, au vu de l’ensemble du dossier, et recommande de revoir les spécifications de pureté du sucralose. Les deux constats ne se contredisent pas autant qu’il y paraît : un test sur cellules donne l’alerte, une évaluation pèse cette alerte face aux études chez l’animal et aux expositions réelles.

Microbiote et glycémie : un essai humain, des effets individuels

Bol de yaourt nature et verre d’eau sur une table de cuisine éclairée par la lumière du matin

L’étude la plus citée sur le microbiote vient de l’équipe d’Eran Elinav, à l’Institut Weizmann, publiée en 2022 dans la revue Cell (Suez et al.). Cent vingt adultes en bonne santé ont reçu pendant deux semaines de la saccharine, du sucralose, de l’aspartame ou de la stévia, à des doses inférieures à la DJA, ou, dans deux groupes témoins, du glucose seul ou rien. Chaque édulcorant a modifié la composition du microbiote intestinal et buccal. La saccharine et le sucralose ont altéré la réponse glycémique, de façon très variable selon les personnes. Des souris sans microbes, colonisées avec le microbiote des participants les plus touchés, ont reproduit en grande partie la réponse de leurs donneurs.

Cet essai a deux forces : il est mené chez l’humain et il établit un lien de cause à effet sur une courte durée. Il a aussi ses limites : deux semaines, des effectifs modestes par groupe, et une réponse glycémique altérée qui n’est pas une maladie. Les auteurs parlent d’effets propres à chacun, dépendants du microbiote, dont les conséquences cliniques restent à étudier.

Les études d’observation complètent le tableau sans le trancher. Dans la cohorte française NutriNet-Santé, qui suit plus de 100 000 adultes, une analyse publiée en 2022 dans le BMJ (Debras et al.) a relevé une association à la limite de la significativité entre la consommation de sucralose et les maladies coronariennes. Une association de ce type ne prouve pas que le sucralose en soit la cause : les grands consommateurs d’édulcorants diffèrent des autres sur bien des points, que les statistiques corrigent imparfaitement.

Signal de laboratoire ou risque établi : comment lire ces études

Les titres alarmants mélangent souvent des niveaux de preuve très différents. Le tableau les remet dans l’ordre.

Type d’étudeCe qu’elle peut montrerCe qu’elle ne montre pas
Cellules ou tissus in vitroUn mécanisme possible, une alerteCe qui se passe dans un corps entier, à dose réelle
AnimalUn effet dans un organisme vivantLa transposition directe à l’humain
Essai court chez l’humainUne cause à effet sur un marqueurUne maladie à long terme
Cohorte d’observationUne association dans une vaste populationUne relation de cause à effet
Évaluation d’agenceLe poids de l’ensemble des preuvesUne garantie définitive : elle se révise

Deux avis récents de l’OMS sont souvent cités à contresens. En mai 2023, l’OMS a recommandé, de façon conditionnelle, de ne pas utiliser les édulcorants non sucrés, sucralose compris, pour contrôler son poids ou réduire le risque de maladies chroniques ; cette recommandation repose sur une revue des effets à long terme, pas sur une évaluation toxicologique, et elle ne s’applique pas aux personnes déjà diabétiques. En juillet 2023, le CIRC a classé l’aspartame comme peut-être cancérogène pour l’homme (groupe 2B) ; cette évaluation portait sur l’aspartame, pas sur le sucralose.

Ce que vous pouvez faire sans céder à l’alarme

Le sucralose de votre protéine ne justifie ni la panique, ni l’indifférence. Quelques gestes simples réduisent l’exposition sans renoncer au shaker :

  • additionnez vos sources : protéine aromatisée, boissons « zéro », produits allégés ; c’est le total qui compte, pas un pot isolé ;
  • évitez de cuire au four une pâte sucrée avec une poudre au sucralose, ou de la chauffer longtemps, tant que la question des composés chlorés reste ouverte ;
  • envisagez une protéine non aromatisée, à sucrer vous-même avec un fruit, si vous voulez réduire franchement les édulcorants ;
  • lisez la liste d’ingrédients plutôt que la face avant, comme pour une créatine dont l’étiquette doit être décryptée.

Retirer le sucralose ne change rien au bilan énergétique, puisqu’il n’apporte quasiment pas de calories ; pour perdre du poids, le levier reste l’écart entre apports et dépenses, détaillé dans l’article sur les calories et le calcul de maintenance. Si vous êtes traité pour un diabète, le choix des édulcorants et de leur quantité se discute avec votre médecin, qui connaît votre traitement.

Le sucralose illustre une règle utile pour toute la nutrition : un signal de laboratoire appelle des études supplémentaires, pas un changement d’habitudes dans la panique. La même prudence vaut pour vos graisses de cuisine, où le choix d’une huile riche en oméga-3 pèse davantage sur l’équilibre de l’assiette qu’un édulcorant dosé en milligrammes.